Dimanche 6 janvier 2008
On le soupçonne vaguement, moteur sourd et puissant de l'alchimie des corps, dissimulé dans les méandres secrets de l'esprit. On le soupçonne vaguement, on tente parfois d'en dessiner les contours, d'en appréhender les formes. Mais il reste là, caché, tapi dans les ombres, marionnettiste du plaisir. On obéit sans y penser à certaines de ses impulsions. On en repousse certaines. On en ignore d'autres. La plupart, on les imagine en silence, on caresse, entre autres, des idées.
D'aucun ne savent se satisfaire de cet état de choses. Ils arrivent avec leurs gros sabots, et d'un stylo très officiel, dressent la liste de ce qui, selon eux, constitue un fantasme pour ceux qui le partageraient. Illusion stupide d'humains ignorants, puisqu'il existe au moins autant de fantasmes qu'il y a d'hommes et de femmes. Mais il faut qu'il établissent des règles, ils faut qu'ils énoncent et définissent des catégories, et non contents de cela, ils faut qu'ils y mêlent leur satané morale à deux francs. Alors que les fantasmes ne sauraient s'embarrasser de moralité, et alors qu'il en est de la morale comme des fantasmes, chacun possède et cultive la sienne propre, et ne saurait que faire de celle des autres.
Et pourtant, l'internet est rempli de ces décrets pédants rédigés par ce qui ressemble à des conseils constitutionnels du sexe. Un maître doit être comme ci et comme ça. Une soumise (c'est français ça, "une soumise"?) doit faire ceci et cela.
Un maître, ça n'existe pas. Une soumise encore moins. Ces statuts virtuels définis par des gens dont les fantasmes se ressemblaient par certains côtés, ne sont que de la poudre aux yeux. Et il est tout à fait inutile d'essayer d'ériger le sado-masochisme en une pratique normée répondant à des règles de morale, puisque de toute façons, l'essence même du fantasmes est tout à fait immorale, et qu'on le veuille ou non, c'est un moteur puissant et irremplaçable de l'excitation. Qu'il faille savoir mettre sa fierté et certains aspects de sa morale de côté, c'est une vérité qui dérange. Qu'un partenaire de la relation ait un statut plus élevé que l'autre, qu'il ait des droits sur l'autre, c'est contraire à certains aspects de la moralité telle que conçue pour la plupart des gens, y compris moi-même. Et que ces droits s'accompagnent de devoirs est un aspect très commode aux yeux de certains pôur légitimer cet état de fait. Pourtant, à mes yeux, ça ne justifie rien du tout, le fait qu'un "maître" ait des devoirs qui accompagnent ses droits, ne rend en aucun cas son statut moralement acceptable, à moins que l'on fasse quelques arrangements avec la morale, ce que certains s'empressent de faire, rendant ainsi le sado-masochisme acceptable à leurs yeux.
Comprenons-nous bien, la pratique du sado-masochisme n'a jamais été immorale à mes yeux, et ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer. Mais elle est acceptable parce que (et dans la mesure ou) il s'agit d'une pratique sexuelle entre adultes consentants. Le fantasme, en lui-même, ne correspond pas aux règles de moralités telles qu'on les conçoit habituellement. C'est ce qui le rend si difficile à accepter, à assumer, à mettre en pratique sans s'embarrasser de culpabilité tout à fait inutile. Mais il faut savoir accepter la deuxième partie du contrat: le fantasme nourri est immoral, il se nourrit de son immoralité, il est basé sur des idées, sur des choses socialement inacceptables.
A force de ne pas assumer soi-même ses propres pratiques et de vouloir les justifier, on finit par dire des conneries plus grosses que soi, et à les rendre réellement problématiques. Ainsi pour certains il est soi-disant normal d'user de la violence pour dresser une personne à lui faire faire ce qu'on veut, du moment que ces droits s'accompagnent de devoirs. C'est stupide. Cette pratique est acceptable à partir du moment ou cette personne est librement consentante, et par librement consentante j'entends qu'elle partage assez de ce fantasme pour en tirer du plaisir, avec suffisamment de maturité pour faire la part des choses et exiger le respect qui lui est dû en dépit de la nature profondément irrespectueuse du fantasme. Cette dernière condition exige une capacité des deux partenaires à distinguer certaines subtilités des relations humaines et à ne pas confondre la réalité et le rêve, qualité qui, d'après mon expérience, manque à la plupart des gens. A partir de là, celui des partenaires qui domine la relation peut tout aussi bien n'avoir aucun devoir envers l'autre, seulement des droits. Ca ne me choquerait pas, puisque les choses étant posées telles qu'elles sont, tout se fait dans le consentement mutuel et dans un respect profond, même si ce dernier peut sembler extrêmement subtil et difficile à cerner. Seule une bonne dose d'intelligence sociale permet de comprendre la vraie nature d'une telle relation, et elle n'est souvent réellement cernée que par les principaux intéressés.
La moralité ne devrait concerner que la mise en pratique des fantasmes et non pas les fantasmes en eux-même. Et elle devrait rester ce qu'elle est, c'est-à-dire légèrement différente pour chacun de nous.
A force de vouloir introduire de la moralité là où, par définition, il n'y en a pas, on va bientôt être incapables de fantasmer et de rêver, et devoir se contenter de copier des vieux restes de fantasmes ayant appartenu à d'autres, préalablement édulcorés et passés à la machine à norme. Autant entrer dans les ordres.
En attendant, mon esprit créé du rêve et je le revendique. Et c'est à l'imaginaire sexuel que mon corps répond, et non pas à la moralité.
Bref. Les bien-pensants, vos histoires de maîtres et de soumises, ça me laisse froide comme un iceberg.
Pour finir, j'ajoute que pour ériger en modèle un fantasme, il faut sacrément manquer de pudeur. Comme quoi, l'elfe a de la pudeur.
D'aucun ne savent se satisfaire de cet état de choses. Ils arrivent avec leurs gros sabots, et d'un stylo très officiel, dressent la liste de ce qui, selon eux, constitue un fantasme pour ceux qui le partageraient. Illusion stupide d'humains ignorants, puisqu'il existe au moins autant de fantasmes qu'il y a d'hommes et de femmes. Mais il faut qu'il établissent des règles, ils faut qu'ils énoncent et définissent des catégories, et non contents de cela, ils faut qu'ils y mêlent leur satané morale à deux francs. Alors que les fantasmes ne sauraient s'embarrasser de moralité, et alors qu'il en est de la morale comme des fantasmes, chacun possède et cultive la sienne propre, et ne saurait que faire de celle des autres.
Et pourtant, l'internet est rempli de ces décrets pédants rédigés par ce qui ressemble à des conseils constitutionnels du sexe. Un maître doit être comme ci et comme ça. Une soumise (c'est français ça, "une soumise"?) doit faire ceci et cela.
Un maître, ça n'existe pas. Une soumise encore moins. Ces statuts virtuels définis par des gens dont les fantasmes se ressemblaient par certains côtés, ne sont que de la poudre aux yeux. Et il est tout à fait inutile d'essayer d'ériger le sado-masochisme en une pratique normée répondant à des règles de morale, puisque de toute façons, l'essence même du fantasmes est tout à fait immorale, et qu'on le veuille ou non, c'est un moteur puissant et irremplaçable de l'excitation. Qu'il faille savoir mettre sa fierté et certains aspects de sa morale de côté, c'est une vérité qui dérange. Qu'un partenaire de la relation ait un statut plus élevé que l'autre, qu'il ait des droits sur l'autre, c'est contraire à certains aspects de la moralité telle que conçue pour la plupart des gens, y compris moi-même. Et que ces droits s'accompagnent de devoirs est un aspect très commode aux yeux de certains pôur légitimer cet état de fait. Pourtant, à mes yeux, ça ne justifie rien du tout, le fait qu'un "maître" ait des devoirs qui accompagnent ses droits, ne rend en aucun cas son statut moralement acceptable, à moins que l'on fasse quelques arrangements avec la morale, ce que certains s'empressent de faire, rendant ainsi le sado-masochisme acceptable à leurs yeux.
Comprenons-nous bien, la pratique du sado-masochisme n'a jamais été immorale à mes yeux, et ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer. Mais elle est acceptable parce que (et dans la mesure ou) il s'agit d'une pratique sexuelle entre adultes consentants. Le fantasme, en lui-même, ne correspond pas aux règles de moralités telles qu'on les conçoit habituellement. C'est ce qui le rend si difficile à accepter, à assumer, à mettre en pratique sans s'embarrasser de culpabilité tout à fait inutile. Mais il faut savoir accepter la deuxième partie du contrat: le fantasme nourri est immoral, il se nourrit de son immoralité, il est basé sur des idées, sur des choses socialement inacceptables.
A force de ne pas assumer soi-même ses propres pratiques et de vouloir les justifier, on finit par dire des conneries plus grosses que soi, et à les rendre réellement problématiques. Ainsi pour certains il est soi-disant normal d'user de la violence pour dresser une personne à lui faire faire ce qu'on veut, du moment que ces droits s'accompagnent de devoirs. C'est stupide. Cette pratique est acceptable à partir du moment ou cette personne est librement consentante, et par librement consentante j'entends qu'elle partage assez de ce fantasme pour en tirer du plaisir, avec suffisamment de maturité pour faire la part des choses et exiger le respect qui lui est dû en dépit de la nature profondément irrespectueuse du fantasme. Cette dernière condition exige une capacité des deux partenaires à distinguer certaines subtilités des relations humaines et à ne pas confondre la réalité et le rêve, qualité qui, d'après mon expérience, manque à la plupart des gens. A partir de là, celui des partenaires qui domine la relation peut tout aussi bien n'avoir aucun devoir envers l'autre, seulement des droits. Ca ne me choquerait pas, puisque les choses étant posées telles qu'elles sont, tout se fait dans le consentement mutuel et dans un respect profond, même si ce dernier peut sembler extrêmement subtil et difficile à cerner. Seule une bonne dose d'intelligence sociale permet de comprendre la vraie nature d'une telle relation, et elle n'est souvent réellement cernée que par les principaux intéressés.
La moralité ne devrait concerner que la mise en pratique des fantasmes et non pas les fantasmes en eux-même. Et elle devrait rester ce qu'elle est, c'est-à-dire légèrement différente pour chacun de nous.
A force de vouloir introduire de la moralité là où, par définition, il n'y en a pas, on va bientôt être incapables de fantasmer et de rêver, et devoir se contenter de copier des vieux restes de fantasmes ayant appartenu à d'autres, préalablement édulcorés et passés à la machine à norme. Autant entrer dans les ordres.
En attendant, mon esprit créé du rêve et je le revendique. Et c'est à l'imaginaire sexuel que mon corps répond, et non pas à la moralité.
Bref. Les bien-pensants, vos histoires de maîtres et de soumises, ça me laisse froide comme un iceberg.
Pour finir, j'ajoute que pour ériger en modèle un fantasme, il faut sacrément manquer de pudeur. Comme quoi, l'elfe a de la pudeur.
