Dimanche 29 mars 2009
Je ne suis pas une soumise.

Je refuse d'être une soumise.

Je n'ai pas peur des mots comme la plupart des femmes qui pratiquent le bdsm. Là n'est pas la question. Je peux être ta salope, ta chienne, ton esclave, ta pute, mais je ne serai jamais, jamais ta soumise.

Il y a plusieurs raisons à cela.

La plus pragmatique étant que mon respect de la langue française m'empêche d'utiliser un participe passé comme un substantif. Dire "une soumise", j'ai toujours trouvé cela horriblement peu élégant. Ce qui m'impressionne avec les gens qui pratiquent ou disent pratiquer le bdsm, c'est cette capacité qu'ils ont à chercher à soigner leur orthographe et leur vocabulaire afin de se faire passer pour des gens fins et distingués (souvent en vain), sans se rendre compte une seule fois qu'ils ne parlent même pas un français correct quand ils reprennent des expressions déjà entendues; et qu'ils font parfois preuve, par ailleurs, d'une lourdeur éléphantesque, mais j'y reviendrai dans une autre note.
Bref, "une soumise", ça ne se dit pas.

Mais la véritable raison c'est bien sur la façon dont je vois le bdsm (bdsm étant pour moi le terme à connotation soft et tendance pour désigner le sado-masochisme, mais comprenons-nous bien, à mon sens c'est strictement la même chose). Et là je rentre dans le vif du sujet.
Pour moi la soumission ce n'est pas un état.
C'est un acte.
Je ne suis pas soumise: je me soumet.

Et là, c'est bien de phantasme qu'il s'agit; chacun à le sien. Si des femmes ont envie d'être soumises, bien leur en prenne. Mais ça n'est pas ce que je veux. Moi, je veux me soumettre. Et c'est là que les choses se compliquent.

J'ai conscience que ce que je dis est un peu abstrait, je vais donc prendre des exemples un peu plus concrets pour expliquer ce que j'entends par là.
Si mon "maître" (et je n'aime pas ce terme car il va trop souvent avec celui de "soumise"), me demande de me mettre à genou, je vois pas ce qui m'oblige à le faire. D'ailleurs, si je n'ai pas envie de le faire, je ne le ferai pas. Il faut que j'y sois contrainte, soit par la force physique, soit par la force mentale, mais dans ce dernier cas il y a toujours la menace physique qui est derrière. C'est à dire que je n'effectuerai de moi-même un acte de soumission que si je m'y SENS obligée. (soulignez trois fois le verbe sentir...). Il n'y a pas de réflexion rationnelle, il n'y a pas de mesure, de règles, de logique fluide. Il y a juste le réflexe, ce qui vient à l'esprit immédiatement. Quand j'obéis, je ne sais jamais pourquoi je le fais, je le fais sans réflechir, parce que je sens que je dois le faire. Mais pour que je sente que je dois le faire, pour que ça me vienne spontanément, alors, c'est tout un programme...

Car oui, c'est facile de "dominer une soumise".
Vous, les gens qui se font appeler "maître", qui vous dit que vous êtes à la hauteur?
C'est facile de dominer une soumise, y a même pas à la soumettre: elle est soumise. Vous lui dites "à genou", elle va se mettre à genou. Ca va vous exciter tous les deux, probablement, et ça je n'ai pas à le critiquer, mais je tient à rappeler que tout le monde ne sort pas du même moule et que pour certains c'est plus difficile que pour d'autres;
parce que si vous me dites "à genou", je vais vous regarder bêtement, d'un air de dire "et pourquoi je ferais ça?" et ça peut être assez déstabilisant, si bien qu'il m'est arrivé de ne strictement rien faire, parce que je n'obéissais pas et que la personne en face de moi n'avait pas le mode d'emploi.
C'est d'autant plus difficile si vous savez qu'en fonction de l'intonation de la voix, du contexte, et d'une foule d'autres choses, il se pourrait très bien que j'obéisse naturellement. Vous vous attendrez peut-être à ce que je le fasse, parce que la dernière fois je l'ai fait, et donc si je ne le fais pas, vous aurez l'air con.
Vous vous êtes dit que vous alliez mater mon sale caractère, mais le problème c'est que pour faire ça, il faut avoir une confiance en soi qu'on obtient pas en claquant des doigts.
Et puis il ne suffit pas de mettre le turbo à la violence pour qu'elle donne quelque chose.
Il m'est arrivé aussi d'enfoncer violemment mes ongles dans la cuisse de mon "maître", parce que j'ai éprouvé le besoin de me défendre. Tout comme j'éprouve le besoin d'obéir ou de ne pas obéir. Il avait du aller trop loin. Ce n'était pas très grave pour moi, ce sont des choses qui arrivent, mais quand j'ai vu quatre trous sanguinolents dans sa cuisse, je ne me suis pas excusée pour autant. Parce que c'est un risque qu'il avait pris en me dominant physiquement, et qu'à mon sens il n'avait pas à m'en vouloir d'avoir réagi. Les impulsions font partie du jeu. Le jeu n'est qu'impulsions, pulsions, instinct, réactions viscérales; la soumission que je vis n'a pas grand chose en commun avec celle que je lis sur internet.

D'ailleurs, je ne lis plus.

J'explique aux gens que je ne suis pas une soumise. Je domine ou je me soumet.

Ils ne comprennent généralement pas.

La leçon apprise, je me soumettrai. Mais ma mémoire sera courte, et la fois suivante, j'aurais oublié pourquoi j'avais fini par obéir.
Si j'ai décidé de ne pas le faire, je ne le ferai pas.
Mais en général je ne décide rien, parce que j'aime faire ce que mon corps me dit, qu'il me dise d'obéir ou pas; la seule chose qui compte, c'est que ça vienne du coeur, du bas ventre et des tripes.
par l'elfe
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Dimanche 6 janvier 2008
On le soupçonne vaguement, moteur sourd et puissant de l'alchimie des corps, dissimulé dans les méandres secrets de l'esprit. On le soupçonne vaguement, on tente parfois d'en dessiner les contours, d'en appréhender les formes. Mais il reste là, caché, tapi dans les ombres, marionnettiste du plaisir. On obéit sans y penser à certaines de ses impulsions. On en repousse certaines. On en ignore d'autres. La plupart, on les imagine en silence, on caresse, entre autres, des idées.
D'aucun ne savent se satisfaire de cet état de choses. Ils arrivent avec leurs gros sabots, et d'un stylo très officiel, dressent la liste de ce qui, selon eux, constitue un fantasme pour ceux qui le partageraient. Illusion stupide d'humains ignorants, puisqu'il existe au moins autant de fantasmes qu'il y a d'hommes et de femmes. Mais il faut qu'il établissent des règles, ils faut qu'ils énoncent et définissent des catégories, et non contents de cela, ils faut qu'ils y  mêlent leur satané morale à deux francs. Alors que les fantasmes ne sauraient s'embarrasser de moralité, et alors qu'il en est de la morale comme des fantasmes, chacun possède et cultive la sienne propre, et ne saurait que faire de celle des autres.
Et pourtant, l'internet est rempli de ces décrets pédants rédigés par ce qui ressemble à des conseils constitutionnels du sexe. Un maître doit être comme ci et comme ça. Une soumise (c'est français ça, "une soumise"?) doit faire ceci et cela.
Un maître, ça n'existe pas. Une soumise encore moins. Ces statuts virtuels définis par des gens dont les fantasmes se ressemblaient par certains côtés, ne sont que de la poudre aux yeux. Et il est tout à fait inutile d'essayer d'ériger le sado-masochisme en une pratique normée répondant à des règles de morale, puisque de toute façons, l'essence même du fantasmes est tout à fait immorale, et qu'on le veuille ou non, c'est un moteur puissant et irremplaçable de l'excitation. Qu'il faille savoir mettre sa fierté et certains aspects de sa morale de côté, c'est une vérité qui dérange. Qu'un partenaire de la relation ait un statut plus élevé que l'autre, qu'il ait des droits sur l'autre, c'est contraire à certains aspects de la moralité telle que conçue pour la plupart des gens, y compris moi-même. Et que ces droits s'accompagnent de devoirs est un aspect très commode aux yeux de certains pôur légitimer cet état de fait. Pourtant, à mes yeux, ça ne justifie rien du tout, le fait qu'un "maître" ait des devoirs qui accompagnent ses droits, ne rend en aucun cas son statut moralement acceptable, à moins que l'on fasse quelques arrangements avec la morale, ce que certains s'empressent de faire, rendant ainsi le sado-masochisme acceptable à leurs yeux.

Comprenons-nous bien, la pratique du sado-masochisme n'a jamais été immorale à mes yeux, et ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer. Mais elle est acceptable parce que (et dans la mesure ou) il s'agit d'une pratique sexuelle entre adultes consentants. Le fantasme, en lui-même, ne correspond pas aux règles de moralités telles qu'on les conçoit habituellement. C'est ce qui le rend si difficile à accepter, à assumer, à mettre en pratique sans s'embarrasser de culpabilité tout à fait inutile. Mais il faut savoir accepter la deuxième partie du contrat: le fantasme nourri est immoral, il se nourrit de son immoralité, il est basé sur des idées, sur des choses socialement inacceptables.
A force de ne pas assumer soi-même ses propres pratiques et de vouloir les justifier, on finit par dire des conneries plus grosses que soi, et à les rendre réellement problématiques. Ainsi pour certains il est soi-disant normal d'user de la violence pour dresser une personne à lui faire faire ce qu'on veut, du moment que ces droits s'accompagnent de devoirs. C'est stupide. Cette pratique est acceptable à partir du moment ou cette personne est librement consentante, et par librement consentante j'entends qu'elle partage assez de ce fantasme pour en tirer du plaisir, avec suffisamment de maturité pour faire la part des choses et exiger le respect qui lui est dû en dépit de la nature profondément irrespectueuse du fantasme. Cette dernière condition exige une capacité des deux partenaires à distinguer certaines subtilités des relations humaines et à ne pas confondre la réalité et le rêve, qualité qui, d'après mon expérience, manque à la plupart des gens. A partir de là, celui des partenaires qui domine la relation peut tout aussi bien n'avoir aucun devoir envers l'autre, seulement des droits. Ca ne me choquerait pas, puisque les choses étant posées telles qu'elles sont, tout se fait dans le consentement mutuel et dans un respect profond, même si ce dernier peut sembler extrêmement subtil et difficile à cerner. Seule une bonne dose d'intelligence sociale permet de comprendre la vraie nature d'une telle relation, et elle n'est souvent réellement cernée que par les principaux intéressés.
La moralité ne devrait concerner que la mise en pratique des fantasmes et non pas les fantasmes en eux-même. Et elle devrait rester ce qu'elle est, c'est-à-dire légèrement différente pour chacun de nous.
A force de vouloir introduire de la moralité là où, par définition, il n'y en a pas, on va bientôt être incapables de fantasmer et de rêver, et devoir se contenter de copier des vieux restes de fantasmes ayant appartenu à d'autres, préalablement édulcorés et passés à la machine à norme. Autant entrer dans les ordres.
En attendant, mon esprit créé du rêve et je le revendique. Et c'est à l'imaginaire sexuel que mon corps répond, et non pas à la moralité.
Bref. Les bien-pensants, vos histoires de maîtres et de soumises, ça me laisse froide comme un iceberg.

Pour finir, j'ajoute que pour ériger en modèle un fantasme, il faut sacrément manquer de pudeur. Comme quoi, l'elfe a de la pudeur.
par l'elfe - publié dans : Sexe underground
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Mardi 28 août 2007
Même ce blog.

J'ai supprimé les récits publiés dans ce blog depuis son ouverture au mois de mars. J'en ai conservé une copie et ils seront peut-être réédités plus tard.

Je précise que tous les textes qui ont paru sur ce blog sont protégés par des droits d'auteur, il est donc inutile d'essayer de les plagier.

J'espère vous donner des nouvelles très bientôt.

L'aventure ne fait que commencer...
par l'elfe - publié dans : Sexe underground
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